Une fête qui est arrivée à temps après une longue période mouvementée entre examens de fin d’année pour les années primaires et préparatoires, d'une part; et les examens du baccalauréat qui vont bientôt commencer, d'autre part. Qui fête en Egypte, dit moments de joie, de détente, mais surtout dit aussi gastronomie. Chaque fête, chaque occasion a ses petits mets très succulents et très appétissants que les Egyptiens adorent et auxquels ils s’attachent. Ce qui a caractérisé, comme chaque année, le Petit Baïram c’est cette quantité énorme de sucre à la bouche et cette joie inépuisable au cœur. Quant à la diète, elle n’était pas au rendez-vous. Déjà pendant le long mois de Ramadan, les pâtisseries étaient imbattables. Avec la fête du Petit-Baïram, c’était la même règle avec la seule différence : la forme des pâtisseries est bien différente. Moins orientale, envoûtant une robe bien occidentale, elles sont là nombreuses pour vous donner l’eau à la bouche. Déjà depuis la deuxième partie du mois de Ramadan, sur les étagères des pâtisseries succulente, toutes formes et couleurs, guettaient les fêtards. Ces derniers ne pouvaient que se plier aux commandements de leurs ventres, obéir et acheter.
Alors, que certaines rares foyers continuent à fabriquer eux-mêmes les pâtisseries, d’autres se sont limitaient à l’achat. La seule différence : moins de quantité, soit pour maintenir la ligne, soit pour préserver le budget familial contre tout danger. En petite quantité ou pas, les pâtisseries du Petit-Baïram ont été acquis par tous les ménages. L’objectif est avant tout d’apaiser les estomacs, calmer les esprits en fête et encore perpétuer des traditions ancestrales qui se sont transmises d’une génération à l’autre.
Alors, quelles étaient les stars de la pâtisserie du Petit-Baïram ? Premièrement, la journée de la fête a commencé, comme d’habitude, par les prières à la mosquée. Suite à celles-ci, des jeunes filles ont distribué des bonbons ou des petits morceaux de chocolat aux enfants qui étaient présents dans les lieux de culte. Car, en plus des pâtisseries de la fête, les Egyptiens associent bonbons et notamment chocolat à la fête. Suite à cet événement, chaque famille a regagné sa maison, là-bas, un grand plateau de pâtisseries les attendait, une façon de prendre le petit-déjeuner et de sucrer les bouches. Déjà aux derniers jours de Ramadan, les Egyptiens se moquaient sur la toile de ce moment spécial lorsqu’ils pourront enfin commencer leur journée par une énorme tasse de thé au lait accompagnée de kahks, biscuits ou de petits fours.
Evidemment, le roi des pâtisseries de la fête est inéluctablement : le kahk. Il est considéré comme étant incontournable dans toutes les maisons égyptiennes. Pour le Petit-Baïram, il faut acheter le kahk (petits gâteaux saupoudrés de sucre) et d’autres pâtisseries. Il est toujours là, fidèle au rendez-vous, tel un roi indétrônable. Comme chaque année, le kahk a plusieurs formes : nature, aux noisettes, aux noix, au lokoum, à la pistache, …. La liste est longue, énorme, exhaustive et détaillée. Chacun a évidemment choisi ce qui convenait à ses goûts et à son budget. Mais nul ne pouvait se défaire du kahk nature. Or, certaines personnes ont l’habitude de les préparer à domicile notamment dans les quartiers populaires. Pour la majorité des habitants dans ces quartiers, la préparation du kahk était plus importante que d’en consommer, voire un véritable rituelle. Les manches retroussées, les maîtresses de foyers ont fait fondre du beurre et fait griller les grains de sésame sur un fourneau à pieds. Pendant ce temps, elles ont passé au tamis la farine, et ont fait de même pour le sucre glace. Les jeunes filles, qui ont tenu à accompagner leurs mères, participent à la préparation du kahk en décorant les premiers gâteaux à l’aide d’un monäch (pince muni de petites dents) avant de les enfourner. Aucun ingrédient nécessaire à la préparation du kahk, n’a été épargné : huile, beurre, fruits secs, loukoum et sucre,
A côté du khak, il y avait les biscuits. Là encore, une variété importante était à citer : biscuits nature, biscuits à la noix de coco, biscuits au chocolat, biscuits à l’orange. Un véritable univers fondant fabriqué en biscuits qui ensorcèle par sa douceur et son goût exceptionnel. Pour les Egyptiens, c’était un moment clé : tremper les biscuits dans l’énorme tasse de thé au lait était un rite incontournable. Un peu à la manière de Marcel Proust qui avait l’habitude de tremper la madeleine dans la tisane de sa tante et qui part ce geste à faire revivre un passé révolu, les Egyptiens, eux, ont pu faire revivre leurs sens et perpétuer un acte hérité de générations en générations.
Les ménages égyptiens ne pouvaient pas oublier les petits fours ou encore les sablés. Des pâtisseries parfaitement occidentales auxquelles s’ajoutent la confiture ainsi que la noix de coco râpée et qui font fondre les cœurs. Bref, un véritable coup de cœur. Et, il ne faut surtout pas oublier les ghorayébas : des petits gâteaux blancs pâles essentiellement à base de beurre qui ont leurs amateurs. Les ghorayébas ne sont pas comme les autres pâtisseries : soit on les aime, soit on les aime pas. Il n’y a jamais de juste milieu avec cette dernière lignée de pâtisserie. Riches en beurre, elles sont difficiles à digérer, mais très tendres à dévorer. Que les Egyptiens ont passé la fête à la maison ou en voyage, les pâtisseries les ont accompagnés fidèlement. Leur absence, dans un foyer, durant une période de fête est un signe de deuil ou de tristesse. Jamais même de pauvreté. Car, même, les petits budgets peuvent acheter, confectionner ou se voir donner quelques pâtisseries pour l’occasion.
Suite à cette explosion de sucre à la bouche, les Egyptiens aiment prendre un petit-déjeuner ordinaire. De quoi oublier la cascade de sucre qu’ils avaient avalé en début de journée. Une cascade qu’ils ont continué à faire couler sur leur langue et à travers leur palais durant les quatre jours de fête.
Le matin de la fête, les kahks et les biscuits ont trôné sur toutes les tables au milieu des friandises: bonbons, dattes sèches, noix, noisettes, amandes, chocolat et les “termès”, ces lupins consommés notamment durant les fêtes. Dans tous les ménages, les « termès », un type de légumineuses, sont trempés plusieurs jours avant la fête dans de l’eau salée. Une phase qui a suivi la phase de cuisson à grand feu. Les lupins qui sont salés ont permis pour la majorité d’entre nous de rompre avec l’excès de sucre et de manger de manière plus saine.
Quant au plat principal, c’était comme d’habitude du poisson fris, grillés, ou encore salés. C’est que la majorité des Egyptiens se sont abstenus de manger du poisson durant le mois de Ramadan. Il ne s’agit pas d’une habitude religieuse ou qui trouve sa raison d’être dans la religion. Mais, la majorité des Egyptiens pensent que les poissons causent une vraie soif et qu’il faut les éviter durant les longs jours de jeûne torride où ils n’ont pas eu le droit de boire de l’eau. Alors, les poissons sont au menu de la fête d’autant plus que les festins ramadanesques étaient riches en viande et volaille.
Bref, les Egyptiens se sont bien nourris durant la fête du Petit-Baïram. Et, la gastronomie égyptienne reste très variée, changeant de robes, de couleurs et de saveurs à chaque occasion. Sucrez les bouches, c’est souvent faire sourire les cœurs!